Mayotte et les Comores : comprendre une histoire commune et complexe

Souraida Doumbouya

Mayotte et les Comores : comment comprendre une histoire commune et complexe ?

Mayotte et les Comores partagent une même géographie, des langues, des traditions et de nombreuses histoires familiales. Pourtant, leurs chemins politiques se sont séparés au moment de la décolonisation.

Cette histoire est souvent racontée comme une opposition simple : Mayotte d’un côté, les Comores de l’autre.

La réalité est plus profonde.

Maoré appartient géographiquement à l’archipel des Comores, mais elle est aujourd’hui un département français.L’Union des Comores, constituée de Grande Comore, Anjouan et Mohéli, continue de revendiquer Mayotte comme la quatrième île de son territoire.

Pour comprendre cette situation, il faut revenir sur plusieurs siècles de liens, puis sur quelques dates essentielles : 1841, 1974, 1975 et 1976.

A lire également sur le même sujet : Comprendre pourquoi Mayotte est aujourd’hui française

À retenir : Mayotte et les Comores ont une histoire commune, mais leurs populations ont suivi des trajectoires politiques différentes.


Mayotte fait-elle partie de l’archipel des Comores ?

Géographiquement, Mayotte appartient à l’archipel des Comores, situé dans le canal du Mozambique, entre Madagascar et la côte orientale de l’Afrique.

Cet archipel comprend quatre îles principales :

  • Grande Comore ;
  • Anjouan ;
  • Mohéli ;
  • Mayotte.

Avant leur séparation politique, ces îles entretenaient déjà des relations commerciales, culturelles, religieuses et familiales.

Les déplacements entre elles existaient bien avant la création des frontières modernes. Des familles se sont formées entre plusieurs îles. Des langues proches se sont développées. L’islam, les traditions de l’océan Indien et les influences africaines, arabes et malgaches ont façonné une partie de leur histoire commune.

Une frontière politique ne suffit donc pas à effacer des siècles de proximité humaine.


Une histoire commune, mais pas une histoire identique

Les quatre îles ont partagé de nombreux éléments, sans pour autant avoir toujours formé un seul pouvoir politique stable.

Au fil des siècles, différents sultanats se sont développés dans l’archipel. Les alliances, les rivalités et les changements de souverains étaient fréquents.

Mayotte possédait sa propre organisation politique et connut une histoire différente de celle de Grande Comore, d’Anjouan et de Mohéli.

Cette distinction est importante.

Dire que les îles ont une histoire commune ne signifie pas qu’elles ont toujours eu exactement la même trajectoire. Elles étaient liées, mais elles conservaient aussi leurs équilibres, leurs autorités et leurs particularités.


1841 : Mayotte est cédée à la France

Le premier grand tournant intervient le 25 avril 1841.

À cette date, le sultan Andriantsouli signe un traité par lequel il cède Mayotte à la France.

Mayotte entre ainsi sous administration française plusieurs décennies avant les autres îles de l’archipel.

Cette décision intervient dans un contexte d’instabilité politique et de menaces extérieures. Le souverain cherchait une forme de protection, tandis que la France poursuivait son expansion coloniale dans l’océan Indien.

À la fin du XIXᵉ siècle, la domination française s’étend ensuite à Grande Comore, Anjouan et Mohéli.

Les quatre îles sont alors réunies sous une même administration coloniale française.

Cette administration commune renforce leur unité institutionnelle, sans effacer leurs différences historiques.


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Pourquoi les chemins se séparent-ils en 1974 ?

Après la Seconde Guerre mondiale, les mouvements en faveur de la décolonisation se développent dans de nombreux territoires.

Dans l’archipel des Comores, une grande partie de la population et des responsables politiques réclame l’indépendance.

À Mayotte, cependant, plusieurs mouvements défendent le maintien dans la République française. Ils craignent notamment que leur île soit marginalisée dans un futur État dominé politiquement par les îles plus peuplées.

Le 22 décembre 1974, la France organise une consultation sur l’indépendance.

Des résultats très différents selon les îles

À Grande Comore, Anjouan et Mohéli, les électeurs votent massivement en faveur de l’indépendance.

À Mayotte, 63,82 % des suffrages exprimés sont favorables au maintien dans la République française.

C’est à partir de ce vote que les trajectoires politiques des quatre îles se séparent.


Pourquoi les résultats de 1974 sont-ils encore contestés ?

Le désaccord vient de la manière dont les votes sont interprétés.

La position française

La France choisit de comptabiliser les résultats séparément pour chaque île.

Selon cette lecture, les habitants de Mayotte ont exprimé une volonté différente de celle des trois autres îles. Ils devaient donc pouvoir rester français.

La position comorienne

Les responsables comoriens estiment que le vote concernait l’ensemble d’un seul territoire colonial.

Selon cette lecture, le résultat devait être calculé à l’échelle de tout l’archipel, où la majorité avait choisi l’indépendance.

Deux principes s’opposent donc : le droit des Mahorais à choisir leur avenir et le respect de l’intégrité territoriale de l’archipel comorien.

Cette différence d’interprétation reste au cœur du désaccord entre la France et l’Union des Comores.


1975 : l’indépendance des Comores sans Mayotte

Le 6 juillet 1975, les responsables comoriens proclament l’indépendance de l’ensemble de l’archipel.

La France reconnaît ensuite l’indépendance de Grande Comore, Anjouan et Mohéli, mais maintient son administration à Mayotte.

Trois îles forment alors l’État comorien indépendant, tandis que Mayotte reste liée à la France.

Les Comores sont admises à l’Organisation des Nations unies en novembre 1975.

Plusieurs résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies réaffirment ensuite l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel et soutiennent la revendication comorienne sur Mayotte.

Pour l’Union des Comores, Mayotte reste donc une île comorienne. Pour la France, son statut repose sur la volonté exprimée par sa population.


1976 : les Mahorais confirment leur choix

Une nouvelle consultation est organisée à Mayotte le 8 février 1976.

Cette fois, les électeurs doivent répondre directement à la question de leur maintien dans la République française.

Le maintien dans la France recueille 99,4 % des suffrages exprimés.

Ce vote confirme clairement le choix exprimé localement en 1974.

Dans les décennies suivantes, plusieurs nouvelles étapes institutionnelles conduisent Mayotte vers la départementalisation.

Le 31 mars 2011, l’île devient officiellement le 101ᵉ département français. Elle appartient également à l’Union européenne en tant que région ultra périphérique depuis 2014.

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Une séparation politique qui n’a pas supprimé les liens humains

La séparation institutionnelle n’a jamais fait disparaître les relations entre Mayotte et les Comores.

Des familles vivent encore de part et d’autre des frontières. Certaines personnes ont un parent né à Mayotte, un autre à Anjouan, à Mohéli ou à Grande Comore.

Les langues parlées dans l’archipel restent proches. Les pratiques culinaires, les mariages, la religion, la musique et certaines traditions témoignent aussi de cette proximité.

Mayotte se situe à moins de 70 kilomètres d’Anjouan, ce qui rappelle à quel point les deux territoires sont proches géographiquement. Les relations familiales ont continué malgré la séparation politique.

On peut donc reconnaître une histoire commune sans nier l’identité propre de Mayotte ni le choix politique exprimé par les Mahorais.


Peut-on être Mahorais tout en partageant une culture avec les Comores ?

Une identité ne se résume pas à une frontière administrative.

Être Mahorais peut signifier être profondément attaché à Maoré, à ses langues, à son histoire et à son statut français, tout en reconnaissant des racines et des liens culturels avec les autres îles de l’archipel.

Ces appartenances ne sont pas nécessairement contradictoires.

Elles deviennent difficiles lorsque l’histoire est utilisée pour opposer les personnes, nier leur vécu ou simplifier leur identité.

Il est possible de dire :

  • Mayotte possède une identité mahoraise propre ;
  • Mayotte appartient géographiquement à l’archipel des Comores ;
  • les Mahorais ont voté à plusieurs reprises pour rester français ;
  • l’Union des Comores continue de revendiquer l’île ;
  • les liens humains entre les populations demeurent profonds.

Reconnaître plusieurs réalités à la fois n’est pas une faiblesse. C’est une manière plus juste de transmettre l’histoire.


Les dates essentielles à retenir

1841 : Mayotte est cédée à la France par le sultan Andriantsouli.

Fin du XIXᵉ siècle : Grande Comore, Anjouan et Mohéli passent également sous domination française.

22 décembre 1974 : Les trois autres îles votent pour l’indépendance, tandis que Mayotte choisit majoritairement de rester française.

6 juillet 1975 : Les Comores proclament leur indépendance.

8 février 1976 : Les électeurs de Mayotte confirment leur souhait de rester dans la République française.

31 mars 2011 : Mayotte devient le 101ᵉ département français.


Conclusion : une histoire à raconter sans opposer

Mayotte et les Comores partagent une géographie, des familles et une partie importante de leur héritage culturel.

Mais elles ne partagent plus le même statut politique.

Cette séparation trouve son origine dans l’histoire coloniale, dans les résultats différents du vote de 1974 et dans les choix confirmés ensuite par la population mahoraise.

Comprendre cette histoire ne consiste pas à choisir quelle mémoire doit disparaître.

Il s’agit de reconnaître la volonté exprimée par les Mahorais, la revendication de l’Union des Comores et les liens humains qui continuent d’unir les populations.

Maoré porte sa propre voix.

Une voix construite par son histoire, ses choix, ses langues et ses familles.

Nos chemins politiques peuvent être différents sans que nos histoires deviennent étrangères.


Questions fréquentes

Mayotte appartient-elle géographiquement aux Comores ?

Mayotte appartient géographiquement à l’archipel des Comores, qui comprend également Grande Comore, Anjouan et Mohéli.

Pourquoi Mayotte n’est-elle pas devenue indépendante en 1975 ?

Lors de la consultation de 1974, la majorité des électeurs de Mayotte a choisi de rester dans la République française, contrairement aux populations des trois autres îles.

Les Comores reconnaissent-elles Mayotte comme française ?

Non. L’Union des Comores continue de revendiquer Mayotte comme faisant partie de son territoire.

Les Mahorais et les Comoriens partagent-ils la même culture ?

Ils partagent de nombreux éléments linguistiques, religieux, culinaires et familiaux. Cela ne signifie pas que leurs identités sont identiques : chaque île possède aussi sa propre histoire et ses particularités.

Peut-on parler d’histoire commune sans nier l’identité mahoraise ?

Oui. Reconnaître des racines partagées n’efface ni les choix politiques des Mahorais ni l’identité propre de Maoré.

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