Quelle langue parle-t-on à Mayotte ? Shimaoré, kibushi et français
Souraïda D.M
Quelle langue parle-t-on à Mayotte ?
À Mayotte, on ne parle pas une seule langue. Le français est la langue officielle, mais le shimaoré et le kibushi occupent une place essentielle dans la vie quotidienne, la famille et la transmission culturelle.
Demander « quelle langue parle-t-on à Mayotte ? » semble appeler une réponse simple.
En réalité, cette question raconte déjà une partie de l'histoire de Maoré.
Dans une même journée, une personne peut entendre du français à l'école ou dans une administration, parler shimaoré en famille, échanger en kibushi avec des proches et rencontrer encore d'autres langues liées à l'histoire de l'océan Indien.
À Mayotte, passer d'une langue à l'autre dans la même conversation, c'est banal. Ce n'est pas un talent particulier — c'est juste la vie quotidienne.
À retenir : le français est l'unique langue officielle de Mayotte. Le shimaoré et le kibushi sont les deux langues régionales territorialisées de l'île.
Quelles sont les trois principales langues parlées à Mayotte ?
Les trois langues que l'on rencontre le plus souvent sont :
- le shimaoré ;
- le kibushi ;
- le français.
Une enquête de l'Insee réalisée sur les pratiques culturelles à Mayotte indique que, parmi les habitants âgés de 15 ans ou plus, 75 % déclarent maîtriser le shimaoré et 18 % le kibushi. Au total, 81 % déclarent maîtriser au moins l'une de ces deux langues locales. Parmi les personnes nées à Mayotte, cette proportion atteint 94 %.
Ces chiffres montrent une réalité importante :
les langues locales restent au cœur de la vie mahoraise.
Le français joue un rôle institutionnel majeur, mais il n'est pas forcément la langue utilisée dans l'intimité familiale ou entre proches.
Le shimaoré : la langue la plus largement parlée
Le shimaoré est une langue bantoue du groupe sabaki, apparentée notamment au swahili et aux autres langues parlées dans l'archipel des Comores.
C'est aujourd'hui la langue locale la plus largement maîtrisée à Mayotte.
Le shimaoré est bien plus qu'un moyen de communiquer : il porte des souvenirs, des expressions, des façons de raconter et une part importante de l'identité mahoraise.
Il est présent dans les conversations familiales, dans la musique, dans les histoires racontées entre générations et dans de nombreuses scènes de la vie quotidienne.
Certaines phrases prennent d'ailleurs une autre profondeur lorsqu'elles sont prononcées dans la langue dans laquelle elles ont été transmises.
On peut traduire un mot. Mais certaines choses ne passent vraiment que dans la langue où elles ont été vécues.
Le kibushi : une autre langue profondément Mahoraise
Le kibushi est l'autre grande langue régionale de Mayotte.
Contrairement au shimaoré, qui appartient à la famille bantoue, le kibushi est lié aux langues malgaches. Sa présence témoigne des relations anciennes entre Mayotte et Madagascar et, plus largement, des circulations humaines dans l'océan Indien.
Le ministère de la Culture reconnaît aujourd'hui le shimaoré et le kibushi comme les deux langues régionales de Mayotte et soutient des projets visant leur transmission et leur usage écrit.
Le kibushi n'est pas un dialecte du shimaoré. C'est une autre langue, avec ses propres racines — et une histoire qui remonte jusqu'à Madagascar.
Il ne faut pas le considérer comme une simple variante du shimaoré.
Ce sont deux langues différentes, avec leurs propres origines et leurs propres histoires.
Pourquoi est-il important de dire « kibushi » ?
Les mots utilisés pour nommer une langue comptent.
Une langue n'est pas seulement un système de vocabulaire. Elle appartient à des personnes, à des familles et à une histoire.
Employer son nom avec justesse est déjà une manière de respecter celles et ceux qui la parlent.
Nous consacrerons un article entier à cette question :
Pourquoi est-il important de dire « kibushi » avec justesse ?
Et le français à Mayotte ?
Le français est la seule langue officielle de Mayotte.
C'est la langue utilisée dans :
- les administrations ;
- une grande partie de l'enseignement ;
- les textes juridiques ;
- les démarches officielles ;
- de nombreux médias et services publics.
Mais son statut officiel ne signifie pas qu'il est la langue principale de toutes les familles.
Une étude récente de l'Insee indique que seulement 29 % des adultes de 18 à 64 ans utilisent le français pour communiquer au quotidien avec leur famille et leurs amis, tandis que 73 % utilisent le shimaoré ou le kibushi dans ces échanges.
À Mayotte, le français est donc très présent dans les institutions, tandis que les langues mahoraises restent particulièrement fortes dans la vie quotidienne.
À Mayotte, parler plusieurs langues est naturel
Le paysage linguistique de Mayotte ne se limite pas à trois langues.
L'État mentionne également la présence de langues anciennes comme l'antalaote ou le macua, ainsi que de langues venues des autres îles des Comores et de Madagascar. L'arabe occupe aussi une place culturelle et religieuse.
L'Insee relève également qu'une partie de la population utilise le shingazidja, le shimwali ou le shindzuani, et qu'environ un tiers des habitants utilisent plusieurs langues au quotidien.
C'est peut-être l'une des meilleures manières de comprendre Mayotte :
plusieurs langues peuvent vivre dans une même famille, parfois dans une même conversation.
Cette richesse linguistique raconte les voyages, les rencontres et les héritages qui ont façonné l'île.
Shimaoré et kibushi sont-ils officiellement reconnus ?
Le shimaoré et le kibushi sont reconnus et soutenus comme langues régionales de Mayotte. Le ministère de la Culture finance notamment des projets liés à leur enseignement, leur édition, leur traduction, leur création audiovisuelle et leur transmission.
Une graphie commune pour ces langues a également été validée par le Conseil départemental de Mayotte en mars 2020, afin de contribuer à structurer leur écriture.
Cette évolution est importante.
Pendant longtemps, ces langues ont surtout vécu par l'oralité.
Les écrire, les enseigner et les transmettre permet de leur donner une place durable auprès des nouvelles générations.
Peut-on être Mahorais sans parler shimaoré ou kibushi ?
La langue est une partie importante d'une culture, mais elle ne peut pas devenir une frontière entre ceux qui seraient "assez Mahorais" et les autres.
Un enfant né en métropole peut grandir avec peu de shimaoré.
Une famille peut avoir perdu une partie de la langue au fil des générations.
Une personne peut comprendre sans réussir à parler.
Une autre peut décider de l'apprendre plus tard.
L'appartenance ne se mesure pas au nombre de mots que l'on maîtrise.
Mais lorsqu'une langue se transmet, quelque chose de précieux voyage avec elle : une manière de nommer la famille, les émotions, les gestes et le monde.
C'est pourquoi apprendre ou réapprendre quelques mots peut parfois devenir une façon de revenir vers ses racines.
Pourquoi transmettre les langues mahoraises aux enfants ?
Parce qu'une langue contient bien davantage que son vocabulaire.
Elle permet de comprendre les anciens.
Elle donne accès aux histoires racontées dans leur forme originale.
Elle crée une proximité particulière avec les grands-parents.
Elle garde vivantes certaines expressions difficiles à traduire.
Transmettre le shimaoré ou le kibushi, c'est transmettre une manière de se souvenir.
Cette transmission est particulièrement importante pour la diaspora.
Quand on grandit loin de Maoré, la langue devient parfois le seul lien concret avec l'île — plus tangible qu'une photo, plus intime qu'un récit.
Un mot entendu pendant l'enfance peut suffire, plusieurs années plus tard, à faire revenir une voix, un visage ou une scène familiale.
Une langue peut-elle disparaître si elle n'est plus transmise ?
Une langue reste vivante parce qu'elle est parlée, enseignée, écrite et transmise.
C'est précisément pourquoi les institutions culturelles soutiennent aujourd'hui davantage les projets consacrés au shimaoré et au kibushi.
Préserver une langue ne signifie pas refuser le français. Il s'agit de permettre aux différentes langues de vivre ensemble.
Le français donne accès aux institutions, aux études et à de nombreux espaces professionnels.
Le shimaoré et le kibushi portent une mémoire locale irremplaçable.
L'un n'a pas besoin d'effacer les autres.
Les langues de Mayotte racontent-elles son histoire ?
Le shimaoré rappelle les liens de Mayotte avec le monde swahili et l'Afrique orientale.
Le kibushi rappelle ses relations anciennes avec Madagascar.
L'arabe témoigne notamment de l'importance historique de l'islam.
Le français raconte les transformations politiques et institutionnelles de l'île.
Écouter les langues parlées à Mayotte, c'est entendre plusieurs siècles d'histoire réunis dans un même territoire.
C'est aussi comprendre que Maoré s'est construite dans la rencontre.
Les mots essentiels à retenir
Français: La langue officielle de Mayotte.
Shimaoré : La langue régionale la plus largement parlée sur l'île, appartenant à la famille des langues bantoues.
Kibushi : Une langue régionale mahoraise apparentée aux langues de Madagascar.
Plurilinguisme : Le fait d'utiliser plusieurs langues : une réalité quotidienne pour une partie importante de la population de Mayotte.
Conclusion : une île, plusieurs langues, une même transmission
Alors, quelle langue parle-t-on à Mayotte ?
La réponse la plus juste est :
on y parle français, shimaoré, kibushi et plusieurs autres langues qui racontent l'histoire des populations de l'île.
Le français est la langue officielle.
Le shimaoré et le kibushi sont les deux grandes langues régionales de Maoré.
Mais derrière ces définitions se trouve quelque chose de plus profond.
Une langue est aussi une voix que l'on reconnaît, une expression de famille, une histoire racontée par un ancien ou quelques mots qui nous ramènent immédiatement chez nous.
Pour la diaspora comme pour celles et ceux qui vivent encore sur l'île, préserver ces langues revient à préserver une partie de notre mémoire.
Certains mots voyagent bien en français. D'autres n'ont de sens que dans la bouche de quelqu'un qui vous ressemble.
Questions fréquentes
Quelle est la langue officielle de Mayotte ?
Le français est l'unique langue officielle de Mayotte.
Quelle langue locale est la plus parlée à Mayotte ?
Le shimaoré est la langue locale la plus largement maîtrisée. L'Insee indique que 75 % des habitants de 15 ans ou plus déclarent le maîtriser.
Le shimaoré et le kibushi sont-ils la même langue ?
Non. Le shimaoré est une langue bantoue, tandis que le kibushi est apparenté aux langues malgaches.
Le kibushi est-il une langue de Mayotte ?
Oui. Le kibushi est l'une des deux langues régionales territorialisées de Mayotte avec le shimaoré.
Les Mahorais parlent-ils tous français ?
Non. Les situations sont très diverses. Les langues locales restent particulièrement présentes dans les échanges familiaux et quotidiens.
Peut-on apprendre le shimaoré ou le kibushi lorsqu'on vit en métropole ?
Oui. La transmission familiale, les ressources écrites, les associations et les initiatives culturelles peuvent permettre de conserver ou de retrouver progressivement la langue.



